PETIT GUIDE DES BOISSONS INDIENNES


Tour d’horizon des breuvages singuliers que l’on peut trouver au nord de l’Inde. Entre le cola épicé et le thé au sel et au beurre rance de yak, votre cœur va balancer.


PETIT GUIDE DES BOISSONS INDIENNES
L’invention et la préparation de boissons est un art aussi ancien que passionnant. Mais il est pourtant trop souvent mis à l’écart, doublé par la passion généralisée de l’humanité pour la nourriture et la cuisine.

Et pourtant. Il y a bien sûr les jus (orange, carotte, betterave, avocat, kiwi) que l’on trouve à foison en Inde, ou encore le vin. Mais il s’agit ici uniquement des mélanges concoctés par l’Homme pour notre plus grand plaisir. Je vous livre mon top 5 personnel, assez peu original mais très efficace.

Le masala chai : le classique

En Inde, impossible de passer à côté du chai, à moins de le faire vraiment exprès. Incontournable boisson nationale, il ponctue tous les moments de la vie quotidienne du pays. Le secret est de faire chauffer en même temps le lait et les épices (cardamome, gingembre, clous de girofle, cannelle, anis étoilé), pour faire ensuite infuser le thé noir dans ce mélange : un simple thé au lait se transforme soudainement en boisson céleste – toute objectivité mise à part.

Pour ne rien gâcher, l’histoire du chai est tout aussi délicieuse que la boisson elle-même : comme nous en parlions ici, le thé est en effet arrivé en Inde au XIXe siècle par un botaniste britannique parti espionner au péril de sa vie les méthodes secrètes de la Chine interdite.

Le cola épicé (cola masala) : l’effronté

C’est étrangement celui dont j’avais le moins entendu parlé avant de vivre en Inde. On hésite un peu avant d’y tremper ses lèvres, mais le résultat s’avère tout à fait savoureux – si on aime les boissons gazeuses, bien sûr. Assez facile à préparer chez soi, il s’agit simplement d’un cola auquel on ajoute en vrac : du gingembre, du cumin, de la coriandre, du sel noir (kala namak), et pour les plus audacieux de la poudre de piment. Un mélange sucré-salé très surprenant mais qui passe à merveille, et qui s’avère salvateur en été lorsque le thermomètre s’affole.

Le kashmiri kawhah : le voyageur

Comme son nom ne l’indique pas, il s’agit d’un mélange de thé et d’épices – le kahwah –, qui vient essentiellement d’Asie Centrale, notamment Afghanistan-Pakistan, et de la vallée du Cachemire au nord de l’Inde. Ses premiers amateurs auraient vécu dans le Xianjiang, région en partie musulmane à l’extrême nord-ouest de la Chine. On le trouve dans toutes les maisons de thé dignes de ce nom dans le nord de l’Inde

Il s’agit d’une sorte de chai masala allégé, puisqu’il ne s’encombre pas de lait comme son cousin et qu’il se laisse préparer sur une base de thé vert. On ajoute au thé des amandes, de la cardamome, du safran et parfois du miel. Un vrai délice pour les amateurs de thé vert et d’épices – deux très beaux fiancés, pourtant trop peu souvent réunis.

Le lassi : l’harmonieux

On s’éloigne un peu des breuvages épicés pour faire place à un peu plus de douceur. Le mythique lassi, boisson à base de lait fermenté mêlée à des saveurs sucrées (rose, mangue, citron) ou salées. L’équilibre entre l’acidité des fruits et l’onctuosité du yaourt donne un résultat très séduisant.

Il se déguste traditionnellement dans un petit pot en terre cuite accompagné d’une sucrerie et, s’il est particulièrement réussi, une petite spatule est nécessaire pour retirer la couche épaisse de yaourt sur la surface. Les amateurs  le savourent le plus souvent debout dans la rue, ou dans les mariages où il est presque systématiquement proposé. Près du mythique cinéma Raj Mandir de Jaipur, on trouve un tout aussi mythique lassiwala (vendeur de lassi) : Shreenath Lassiwala.

Le thé tibétain : l’exilé

Tout droit venu du Tibet, il hante les contreforts de l’Himalaya, et on le trouve dans les Etats indiens où la diaspora tibétaine est présente (Himachal Pradesh, Sikkim, Bengale occidental). La célèbre exploratrice et spécialiste des religions orientales, Alexandra David-Néel, en parle à plusieurs reprises dans ses écrits.

Il vous faudra un peu plus d’audace pour affronter celui-ci (ou bien un peu trop de curiosité) : il est traditionnellement composé de thé, de sel, et surtout d’une bonne dose de beurre rance de yak.  Autant vous dire qu’il équivaut globalement à un repas, et qu’il vaut mieux avoir l’estomac bien accroché. Pour être tout à fait honnête, on ne sent que très peu le goût du thé, mais beaucoup plus celui du sel et du beurre – ce dernier est d’ailleurs à l’origine des petits yeux jaunes qu’on observe à la surface du breuvage (miam). Une boisson qui évoque le froid extrême et les hivers rudes de l’Himalaya.



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