POURQUOI LA CHINE ET L'INDE SONT ABSENTS DU MONDIAL ?


Les deux grandes puissances démographiques – 40 % de la population mondiale sont les grandes absentes de cette Coupe du monde. N’y aurait-il pas de culture et d’amour du foot dans ces pays ? En cette fin de Coupe du monde en Russie, il est intéressant de comprendre pourquoi ils ne sont pas mieux représentés du moins, pour l’instant dans l’un des plus grands événements sportifs mondiaux.


POURQUOI LA CHINE ET L'INDE SONT ABSENTS DU MONDIAL ?
Au-delà des aspects culturels, ce sont bien des questions structurelles qui doivent être prises en compte pour comprendre cette situation. À court terme, cependant, celles-ci seraient bien susceptibles de changer pour faire de ces deux géants, la Chine et l’Inde, les nouvelles nations incontournables du foot.

En Inde, un sport médiatique mais une fédération pauvre

Quand on pense à l’Inde en matière de sport, le premier réflexe est de penser au cricket, héritage de la colonisation britannique et qui bat des records d’audimat et de revenus. À titre d’exemple, en 2015, les droits de retransmission ont été accordés à 2,5 milliards de dollars et la ligue nationale de cricket aurait contribué pour 182 millions de dollars au PIB indien.

Pourtant, le football est un sport médiatiquement populaire puisqu’il est le troisième sport le plus regardé dans le pays (après le cricket et le kabaddi – sport de contact pratiqué dans le sous-continent). 216 millions de personnes auraient ainsi regardé les matchs des ligues nationales en 2016.

L’Inde a une ligue nationale de football, la I-Ligue, qui existe depuis 2007 avec 10 clubs participants. Co-existe un championnat professionnel, l’Indian Super League qui regroupe 10 équipes. Toutes deux sont gérées par la All-India Football Federation (AIFF), créée au lendemain de l’indépendance en 1948.

Cependant, comparé à d’autres fédérations nationales, l’AIFF est relativement pauvre. Il n’y a d’ailleurs que trois clubs professionnels (Cochin, Mumbai et Pune). En outre, le financement de ces équipes est souvent précaire et contraint. Il est donc actuellement très difficile de générer des revenus pour le football indien.

Trezeguet, Anelka et Pires

Tout d’abord, peu de clubs ont des revenus issus du merchandising, de la vente des tickets ou des droits de télévision (qui vont directement à AIFF et pas aux clubs) et se contentent alors souvent d’un unique sponsor privé. Par ailleurs, l’équipe gagnant la I-League ne reçoit que 5 millions de roupies (soit environ 62 000 €). Bien peu comparé aux sommes accordées par les autres ligues nationales (en France, le vainqueur de la Ligue 1 reçoit 17 millions d’euros). Chaque saison est donc une lutte pour le financement et ne permet pas la mise en place de réelles stratégies de développement.

En outre, la régulation de ces ligues est relativement sévère par rapport aux autres championnats puisque chaque équipe ne peut pas dépenser plus de 175 millions de roupies (soit, environ 2,1 millions d’euros) pour les salaires de ses joueurs.

Par ailleurs, la composition des équipes doit comporter un nombre limité de joueurs étrangers et un seul joueur star (« marquee player »). L’Indian Super League a quand même su recruter quelques joueurs internationalement connus mais plutôt en fin de carrière comme, pour nos stars françaises, David Trezeguet au FC Pune City, Nicolas Anelka au Mumbai FC City ou encore Robert Pires au FC Goa.

Paradoxalement, même dans ce contexte peu favorable, l’Indian Super League attire 74 millions de téléspectateurs – ce qui la place juste derrière les ligues d’Angleterre, de l’Allemagne et de l’Espagne.

Enfin, l’Inde dispose également d’une équipe nationale, contrôlée par l’AIFF. Mais elle n’a jamais participé à la Coupe du monde et sa dernière qualification à cet événement sportif remonte à 1950. Par ailleurs, aucun joueur de l’équipe nationale n’évolue à l’étranger. L’Inde est, pour l’instant, classée 96e équipe mondiale, avec néanmoins une spectaculaire remontée de 77 places en deux ans.

Manque de motivation du côté du gouvernement… et des familles

Malgré cette situation précaire, la FIFA regarde l’Inde avec beaucoup d’attention. Le pays a organisé l’année dernière sa première compétition mondiale, la FIFA U-17 World Cup, qui accueille les meilleures équipes mondiales de moins de 17 ans (la Chine, de son côté, avait organisé la première édition en 1985).

Si l’équipe indienne, là non plus, n’a pas réussi à s’imposer sur le podium, le record d’affluence de cette compétition a été battu cette année avec plus d’1,2 million de spectateurs. Cette compétition a eu aussi pour vertu de renouveler des infrastructures très vieillissantes sur le territoire (26 nouveaux stades ont été construits) et à attirer de nouveaux sponsors pour la I-League.

Pourtant, malgré ce succès et le soutien du Premier ministre, on ne relève pas de réelle ambition politique vis-à-vis du développement de ce sport. Les choix liés au développement de la pratique sportive sont peu ambitieux. Si « Mission 11 » (attirer 11 millions d’enfants dans les clubs amateurs, organisé à l’occasion de la FIFA U-17 World Cup), a remporté un franc succès, le nombre d’écoles professionnelles se compte actuellement sur les doigts d’une main.

Praful Patel (dirigeant de la Fédération de football indienne) et Vijay Goel, ancien ministre de la Jeunesse et des sports en Inde, lors de la FIFA U-17 World Cup, organisée en Inde l’année dernière. (Photo : Aniket Mishra / Wikimedia Commons)
Ce sont d’ailleurs plus les opérateurs privés et surtout les autres ligues sportives qui soutiennent le projet de développement du football dans le pays. En 2009, la Ligue de Cricket avait même décidé de donner 250 millions de roupies, soit 3,1 millions d’euros, à l’IAFF. Il en va de même pour les investissements d’infrastructures qui sont incomparablement moins importants qu’en Chine.

Enfin, et c’est également le cas en Chine, les familles indiennes sont en général très réticentes à l’idée que leurs enfants fassent carrière dans le sport, les études étant – notamment pour la classe moyenne – le seul chemin respectable pour s’assurer une vie meilleure. Les familles de ces deux pays préfèrent dépenser leur argent en cours particuliers plutôt qu’en activités extrascolaires et n’encouragent pas du tout leurs enfants dans cette voie.

En Chine, un sport sur-financé et en cours de régulation

La situation est très différente en Chine. Le pays cherche à fortement investir dans le développement de sa ligue nationale, la Chinese Super League (à laquelle participent 16 équipes), en offrant des contrats mirobolants pour des joueurs européens et sud-américains – jusqu’à 40 millions d’euros et même 200 millions d’euros pour Cristiano Ronaldo, qui a décliné l’offre – ainsi que pour des coachs de renom afin de former les équipes.

Entraînement en Chine avant un match comptant pour la ligue des Champions d’Asie. (Photo : Pete Nowakowski/Flickr, CC BY)
D’après la FIFA, ces équipes chinoises auraient dépensé durant le mercato hivernal de 2016 environ 300 millions de dollars pour engager des joueurs étrangers, dépassant de 150 millions de dollars le budget des équipes de l’English Premier League (les règles de recrutement et de financement des salaires étant plus flexibles qu’en Inde). Une révolution dans le Landerneau footballistique.

Ces investissements massifs ont fini par engendrer une bulle spéculative ainsi que des phénomènes de corruption qui inquiètent d’ailleurs le gouvernement au point de réguler les championnats. En 2012, des matchs truqués ont provoqué l’interruption du championnat pendant quelques mois.

Une ambition nationale depuis trois ans

La Chine a clairement fait du football une ambition nationale depuis trois ans, soutenue à grand renfort de déclarations par le Président Xi Jinping, qui vise l’organisation de la Coupe du monde 2034. Depuis ces dernières années, le gouvernement a fait construire des dizaines de milliers de stades de foot à travers le pays et mis en place des programmes de formation dans des centaines de milliers d’écoles et vise la création de 50 000 académies de football. L’idée est de pousser 50 millions de personnes à jouer au foot d’ici 2020, d’avoir 20 000 centres d’entraînement et 70 000 stades.

La Chine a également massivement investi dans les clubs de foots étrangers, notamment européens, en espérant pouvoir capter l’expertise des membres des équipes dirigeantes de ces clubs. Une étude de la WHU Otto Beisheim School of Management montre que 308 millions de Chinois regarderaient un match de foot au moins une fois par mois et que 237 millions en font leur sport favori (le basket restant encore le sport préféré des Chinois).

Quand le foot chinois s’éveillera…

Pour autant, les résultats ne sont pour l’instant par spectaculaires, notamment par rapport à l’Inde qui a investi beaucoup moins d’argent. Si la Chinese Football Association (qui supervise les ligues) date de 1924, la Chine est classée seulement 88e au classement de la FIFA. La Chine a certes remporté en 1999 la Coupe du monde féminine de football, mais est actuellement placée à la 13e place.

L’équipe nationale est, comme en Inde, composée de joueurs qui ne jouent que dans des clubs nationaux et pas à l’étranger, et qui n’ont que peu l’expérience des compétitions internationales. Cette génération a peu été exposée au football dans son enfance et n’a pas eu la chance d’avoir de nombreuses infrastructures et coaching pour développer le travail en équipe (la Chine étant très forte dans les sports individuels).

Avec ces investissements massifs et ce fort soutien politique, le pays a de grandes chances de devenir une nouvelle grande puissance du football en se fixant des objectifs ambitieux, comme elle l’a fait pour les Jeux olympiques et pour exister dans des disciplines dans lesquelles elle était totalement absente il y a vingt ans (comme l’escrime ou la danse classique).

Reste à savoir si le foot en Chine saura réellement susciter un engouement médiatique populaire de long terme. Si l’Inde a largement moins investi, le succès de l’Indian Super League en quelques années d’existence, couplé à un réel intérêt de la part des Indiens pour les championnats européens (et surtout anglais), pourraient ériger le sous-continent comme nouvelle terre d’adoration du ballon rond et de ferveur footballistique.



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