La Marche sur le feu : Surnaturelle ou naturelle ?


Depuis plusieurs siècles, des milliers de personnes ont indéniablement et facilement marché pieds nus sur un long lit de braises et de charbons de bois de plusieurs centaines de degrés. Un nombre incroyable de gens affirment, ou supposent, qu'un tel exploit reste impossible dans des conditions normales.

Sautons le côté plutôt religieux de la marche sur le feu, pour découvrir un peu plus médicalement parlant et psychologiquement ce qu'à la marche sur le feu.


La marche sur le feu, contrairement à d'autres prétendus "pouvoirs" de l'esprit comme la psychokinèse ou la clairvoyance, ne peut être niée sous prétexte de simple subjectivité, il suffit de la constater. Depuis plusieurs siècles, des milliers de personnes ont indéniablement et facilement marché pieds nus sur un long lit de braises et de charbons de bois de plusieurs centaines de degrés. Un nombre incroyable de gens affirment, ou supposent, qu'un tel exploit reste impossible dans des conditions normales. Ils affirment que seuls de mystérieux pouvoirs, ou une force surnaturelle, permettraient d'atteindre un état tel que toute brûlure serait évitée. Pourtant, de telles invocations ne sont pas nécessaires. Seuls quelques principes scientifiques et physiques (tels que le transfert d'énergie ou la nature de la marche sur le feu en elle-même) suffiront à expliquer cet "exploit".

La marche sur le feu n'est pas un phénomène nouveau, cette tradition fait partie de la culture humaine depuis bien longtemps. Déjà mentionnée dans la Bible (Proverbes 6:28), et abondamment pratiquée à la Réunion. Elle fait partie intégrante de rituels magiques et religieux dans de nombreuses cultures. Les Hindous, les Bouddhistes tibétains et autres mystiques ou ésotéristes modernes aiment la pratiquer pour montrer leur "supériorité" spirituelle sur le commun des mortels, quand elle ne s'intègre pas dans des séminaires de "développement personnel" vendus une fortune, faisant miroiter des capacités extraordinaires du mental sur le corps insuffisamment exploitées jusqu'alors.

Les explications de la marche sur le feu couvrent un large spectre, allant de la réponse idiote à la plus ridicule. Certains fakirs de la braise estiment qu'aucune force paranormale n'est à l'oeuvre, mais qu'une intense concentration est nécessaire afin de "dépasser ses peurs et focaliser son attention". D'autres expliquent la pratique par une "synchronisation des vibrations du corps avec celles du feu" grâce à une excitation qui ferait vibrer les atomes corporels à l'unisson avec ceux du feu, ce qui empêcherait tout échange de chaleur, permettant aux pieds de ne pas toucher la braise. Il arrive souvent que des pouvoirs spirituels ou mystiques soient évoqués et considérés comme inhérents à une marche sur le feu réussie.

Une préparation de longue haleine peut être demandée, quand il ne s'agit pas d'un appel aux saints de toutes sortes et de toutes religions. Prières, jeûnes, chants liturgiques, bains purificateurs et célibats font également partie du folklore pour s'assurer de son succès.

Bien entendu, comment oublier l'énergie vitale en tant qu'explication à ce mystère ? Force inconnue et jamais détectée, mais usée et abusée pour expliquer les plus grands exploits, maladies et guérisons, la force vitale serait une "force animée présente chez tous les êtres vivants. L'essence néguentropique et organisatrice de la vie composée de la conscience (?)". L'énergie vitale "interagit avec notre corps physique et l'environnement, d'une manière spéciale dans laquelle tout dommage corporel est stoppé".

L'autre explication, en tant qu'élément nécessaire pour une marche sur le feu réussie, est la croyance, la certitude ferme et inébranlable que les charbons ne brûleront pas les pieds. Le pouvoir de l'esprit est réputé être l'instrument du succès. Dans le but d'atteindre l'état mental nécessaire à cette invulnérabilité, plusieurs heures ou jours de préparation sont requis. Ce pouvoir de l'esprit sur la matière modifierait d'une manière ou d'une autre l'environnement, prévenant toute brûlure. L'esprit ou la puissance de la conscience changerait la réalité physique des éléments, modifiant les lois physiques ou chimiques, un degré de plus et c'est la lévitation.

La marche sur le feu peut paraître spectaculaire et les brûlures semblent inévitables, mais toutes ces explications, plus farfelues les unes que les autres, sont proprement inutiles, la physique n'a pas besoin d'être réécrite, l'esprit, la force vitale n'ont aucun besoin d'expliquer un phénomène qui ne nécessite que le recours à la physique connue, via la thermodynamique et le transfert calorifique.

Il y a trois moyens distincts pour que l'énergie se déplace : la convection, la conduction et la radiation. La convection transfère la chaleur par le mouvement de masse d'un fluide comme l'eau ou l'air. Quand un fluide est chauffé, il se dilate, causant la dispersion de la source de chaleur en emportant l'énergie. Dire que "l'air chaud monte" est un exemple de ce phénomène. Comme on l'aura compris, la convection impliquant le mouvement de fluides, elle n'a pas d'impact significatif dans le phénomène de la marche sur le feu.

La radiation transfère la chaleur généralement par la transmission d'ondes électromagnétiques infrarouges. L'électromagnétisme déplace l'énergie à la vitesse de la lumière et se manifeste sous la forme d'ondes radio, de rayons-X, de micro-ondes, etc. Ces ondes ne sont pas composées de chaleur en soi, mais certaines fréquences causent une augmentation des mouvements atomiques qui augmentent la température. Comme la convection, la quantité de chaleur transférée aux pieds par la radiation est négligeable pendant la marche sur le feu. La marche elle-même est trop brève et les cendres couvrant les braises peuvent inhiber la transmission de la chaleur par radiation

La conduction enfin, transfère la chaleur non pas par le mouvement du support lui-même, mais par ses constituants fondamentaux, ses atomes et ses molécules. Comme les molécules vibrent de plus en plus vite, elles transfèrent de leur énergie à leurs voisines plus calmes. Les molécules voisines commencent à s'exciter, et passent elles-mêmes de leur énergie à leurs voisines et ainsi de suite. La chaleur n'est, en fin de compte, que la conséquence de ces mouvements d'atomes et de molécules. La conduction survient par le mouvement des électrons, qui participent grandement au transfert de la chaleur à travers le matériau.

Dans ces conditions, l'objet, et tout ce qui entre en contact avec, devient de plus en plus chaud par la chaleur qui est conduite à travers. Si vous mettez une barre de métal sur une flamme, quand bien même votre main serait fort éloignée de la source de chaleur, vous pourriez être brûlé par la conduction de la chaleur de la barre jusqu'à votre main. C'est le principal mécanisme par lequel la marche sur le feu transfère de l'énergie des braises aux pieds du marcheur.

 

Maintenant que nous savons comment l'énergie calorifique va aux pieds du marcheur, il faut déterminer de quelle importance est cette chaleur afin de voir si des brûlures sévères sont inévitables. Tous les conducteurs ne sont pas égaux entre eux. Certains matériaux conduisent la chaleur très efficacement tandis que d'autres prennent un temps relativement long pour conduire une quantité égale d'énergie thermique. L'exemple parfait de ce phénomène est celui de la cuisson du gâteau au four. En ouvrant un four ayant cuit un gâteau à 200° pendant une demi-heure, tout dans le four, y compris le gâteau, le moule et même l'air, est à 200 degrés. En touchant le gâteau on se rendra compte qu'il est chaud mais pas comme s'il était à 200 degrés, on peut le toucher brièvement sans risquer de se brûler, cela reste tolérable. Il en est de même pour l'air contenu dans le four. Par contre, pour ce qui est du moule, c'est une autre affaire. Même un toucher très court conduira une importante quantité de chaleur jusqu'à la main, faisant courir le risque de cloques ou de sévères brûlures.

Comment tous ces objets, qui sont pourtant à une température identique, peuvent-ils avoir des effets si différents sur notre peau et notre perception de la chaleur ? La réponse vient de la conductivité. Certains conducteurs sont inefficaces pour ce qui est de déplacer la chaleur d'un endroit à un autre, quelle que soit sa température. On pourrait penser que des matériaux, ayant une densité similaire, devraient transporter la chaleur relativement rapidement, mais ce n'est pas le cas. Par exemple, le bois et l'aluminium ont des densités équivalentes, mais leurs taux de conduction diffèrent énormément. La facilité avec laquelle la conduction "s'exprime" est d'autant plus importante qu'il y a des électrons "disponibles" ou "libres". Les matériaux pauvrement conducteurs déplacent la chaleur principalement par vibration des atomes, qui transfèrent la chaleur dans tout le support. Les très bons conducteurs ont une propriété supplémentaire : une abondance d'électrons libres. Les électrons sont les particules de charge négative qui "entourent" les atomes. Certains atomes "bloquent" hermétiquement leurs électrons, mais d'autres types d'atomes ont des électrons libres errant partout dans la matière, transportant la chaleur. Ce sont principalement ces électrons libres, associés aux vibrations des atomes, qui font la différence entre les bons conducteurs et les mauvais. Ensemble, les deux modes de conduction forment une combinaison puissante. Par exemple, la plupart des métaux conduisent la chaleur des milliers de fois mieux que les plus pauvres conducteurs. Ceci a pour résultat un transport extrêmement rapide de la chaleur dans le métal que vous tenez à la main, causant la brûlure.

Le transfert de la chaleur dépend également de la différence entre la température et l'énergie thermique (chaleur). La température est définie comme l'énergie cinétique moyenne des atomes dans une substance donnée, tandis que l'énergie thermique est la quantité cumulée d'énergie contenue dans tous les atomes en mouvement. Etant donné que tous les objets dans le four ont la même température, une molécule d'air devrait avoir la même énergie cinétique qu'une molécule du moule en métal. Cependant, le moule possède environ un million de fois plus d'atomes par unité de volume, ce qui augmente sa quantité d'énergie thermique d'un million. Ainsi, même si une substance était bonne conductrice, la faible quantité d'énergie thermique qu'elle contient empêchera le transfert d'une quantité significative d'énergie thermique.

Le concept de capacité calorifique a aussi son importance. Plus la capacité calorifique d'une substance est importante, plus la quantité d'énergie nécessaire afin d'augmenter sa température d'un degré sera importante. Prenons l'eau par exemple, elle possède une capacité calorifique importante parce qu'il faut une importante quantité d'énergie afin de faire monter sa température d'un degré. Inversement, le métal a une faible capacité calorifique parce qu'il atteindra la même température avec beaucoup moins de chaleur. Ainsi, si l'eau et le métal atteignent tous deux une température identique, il aura fallu beaucoup plus d'énergie à l'eau pour atteindre ce niveau, qui a pour résultat une quantité supérieure d'énergie thermique. Le corps humain a une capacité calorifique relativement importante (identique à celle de l'eau). Dans un four, l'importante capacité calorifique de votre main est entourée par la faible capacité calorifique de l'air. Ce qui fait que l'intrusion de la main dans la température ambiante du four ne s'ensuit que par une faible augmentation de la température de la main.

Nous comprenons mieux maintenant pourquoi marcher sur le feu n'est finalement pas une activité si dangereuse, comme cela pourrait sembler au premier abord, ou comme on voudrait bien nous le faire croire. Le charbon de bois utilisé par les fakirs de la braise peut être à une température très élevée, mais c'est un mauvais conducteur et il a une faible capacité calorifique. Il ne contient pas beaucoup d'énergie thermique et sa chaleur n'est pas efficacement transférée. Le bois est un si mauvais conducteur de chaleur qu'il sert d'isolant thermique, même sur le feu. Avant l'avènement des plastiques résistants à la chaleur, le bois était utilisé pour faire les poignées de casseroles ou de fers à souder. La peau est aussi mauvaise conductrice, seulement quatre fois plus efficace que le bois.

Le contact rapide des pieds du fakir avec les charbons de bois contribue à diminuer davantage la conduction. Une marche d'une quarantaine de pas exposera chaque pied à un contact direct d'environ une seconde au total. Ajouté à cela le fait que la nature irrégulière des braises réduira encore le contact avec la peau et donc le phénomène de conduction. Enfin, les cendres sur les braises joueront un rôle d'isolant. Tous ces facteurs font que la conduction de la chaleur se fera très lentement dans un délai très court.

Beaucoup de personnes restent impressionnées d'entendre, ou de voir, des marcheurs sur le feu déclarer passer sur des braises chauffées à plus de 800 degrés, mais nous savons que la réalité de la thermodynamique réduit considérablement les invocations surnaturelles d'un tel "tour de force". Si les marcheurs sur le feu répondent que ces simples lois physiques ne sont pas pertinentes dans leur cas, il suffit de leur demander de marcher sur une plaque de métal chauffée à une température identique aux charbon de bois (800°), et de voir si leurs exceptionnelles capacités s'appliqueront aussi dans ce cas, ou si leur pouvoir de concentration est toujours intact.

La faible conductivité et capacité calorifique du charbon de bois sont les principaux facteurs qui rendent la marche sur le feu possible, aucune explication paranormale n'est utile pour expliquer ce phénomène. Il y a cependant d'autres explications qui méritent d'être mentionnées. Le sang, par exemple, est très efficace pour ce qui est de distribuer la chaleur à travers tout le corps. Toute chaleur entrant par les pieds est rapidement dispersée, empêchant toute accumulation locale.

La perception de la douleur est une expérience très subjective, elle peut se voir affectée par de nombreux facteurs, comprenant des émotions et des états mentaux différents. Certains marcheurs sur le feu sentent une petite douleur, voire pas du tout pendant leur passage, d'autres davantage. Il est possible de réduire cette douleur en se motivant et en augmentant sa confiance dans la réussite de l'exercice, en se débarrassant du sentiment de peur. D'autres techniques de contrôle de la respiration, techniques de relaxation et autres méthodes de distraction, peuvent toutes avoir un effet significatif sur la subjectivité de la douleur ressentie. Cependant, les brûlures et la thermodynamique, quant à elles, ne sont pas subjectives.

Il y a un phénomène qui, pendant longtemps, a été considéré comme l'explication principale de l'absence de brûlures pendant la marche sur le feu : l'effet Leidenfrost. Cet effet a lieu quand un liquide vaporisé agit comme isolant ou comme barrière à la conduction calorifique. Qui n'a jamais vu une goutte d'eau glisser sur une surface métallique brûlante (comme celle d'une poele ou casserole) ? La même goutte d'eau ne "survivrait" pas aussi longtemps sur une surface froide. Ceci est dû à l'eau vaporisée entre la goutte d'eau et la source de chaleur. Les gaz sont mauvais conducteurs, la vapeur sous la goutte sert d'isolant contre la chaleur réduisant considérablement la conduction de l'énergie thermique à travers elle. Dans le cas de la marche sur le feu, la transpiration sous les pieds, la moiteur à cause de la chaleur à proximité des braises ou de la nervosité, pourrait jouer ce rôle en isolant quelque peu les pieds de la chaleur. Cependant, cet effet n'est pas la principale explication de l'absence de brûlures aux pieds, certains marcheurs sur le feu prenant le soin de bien essuyer leurs pieds avant de passer afin d'éviter que les charbons de bois ne collent.

L'absence apparente de douleurs et de brûlures (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en a jamais) sous les pieds des marcheurs leur confèrent un statut de "surhomme" qu'ils ne méritent pas. "L'exploit" de la marche sur le feu fascine encore par ce mystérieux pouvoir à "transcender" la réalité et à la faire plier sous la volonté. De nombreuses personnes sceptiques, et ayant un point de vue rationnel de la (dé)marche sur le feu, ont réalisé cet "exploit" sans plus de difficultés que les fakirs munis de leur "concentration extrême". Les mécanismes ordinaires de transfert d'énergie et la nature de la marche sur le feu elle-même, sont les seules invocations utiles. Les charbons de bois sont pauvrement conducteurs, ils contiennent une énergie thermique relativement faible, peu de temps est passé sur les braises, une petite partie du pied seulement entre en contact avec les charbons de bois. Tous ces facteurs concourent à réduire grandement la quantité de chaleur conduite dans les pieds.




1.Posté par W ,Znc le 25/02/2016 06:45
ki désyd !

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