Les ministres indiens interdits de gyrophares

Au nom de l’égalité de tous les citoyens, le premier ministre Modi a retiré aux ministres et fonctionnaires leur marque d’autorité favorite.


En 2013, la Cour suprême indienne avait prévenu : l’utilisation des gyrophares par les hommes politiques indiens « n’a pas d’équivalent dans les autres démocraties du monde ». New Delhi vient d’annoncer que les véhicules de la fonction publique et des ministres n’en utiliseraient plus à partir du 1er mai. « Chaque Indien est un VIP », s’est justifié le premier ministre sur les réseaux sociaux. Comme si, en retirant aux ministres et fonctionnaires leur symbole d’autorité favori, Narendra Modi rendait le pouvoir au peuple.

A peine nommé, un ministre indien pose un gyrophare rouge sur le toit de son véhicule avant même de prêter serment. C’est un symbole de pouvoir, encore plus visible que le stylo dans la poche avant de la chemise ou le pare-brise recouvert de laissez-passer officiels. Le « lal batti », surnom donné au gyrophare rouge, a des pouvoirs magiques. Il ouvre toutes les portes, éloigne les policiers et protège des contraventions. En un mot : il confère l’immunité. Au risque de devenir, au fil des ans, un symbole d’impunité.

« Contraire à l’éthos »

Le port du gyrophare respecte-t-il la Constitution indienne ? La Cour suprême s’est penchée sur la question, le plus sérieusement du monde, en 2013. « L’usage répandu du gyrophare sur les véhicules de la fonction publique est le reflet de la mentalité de ceux qui servaient le gouvernement britannique en Inde et traitaient les autochtones comme des esclaves », s’était alors indigné un plaignant.

Les juges avaient reconnu que certains utilisaient le gyrophare rouge pour « commettre des délits » à cause de « la peur des policiers de les contrôler » avant de conclure que les « lal battis » étaient « contraire à l’ethos constitutionnel et au républicanisme ». Rien de moins.

Le quotidien The Indian Express s’est félicité, dans son édition du jeudi 20 avril, de l’interdiction des gyrophares, estimant que la mesure était un pas supplémentaire vers l’« égalitarisme » dans une « société structurée par les préjugés de classe ». Le chemin pour y parvenir est encore long, car les « VIP » bénéficient toujours de nombreux privilèges, comme des files réservées aux péages routiers ou dans les aéroports.